16 septembre 1911 : réunion syndicale orageuse à Thouars

Au début du XXème siècle, Marius Blanchard s’affirme comme l’un des piliers de la lutte syndicale. Homme fort de la CGT, il harangue son auditoire de sa voix puissante lors des réunions et des meetings ouvriers.

En 1911, au lendemain d’émeutes violemment réprimées dans l’Essone, dans le Pas de Calais ou dans les Vosges, Marius Blanchard est en déplacement dans l’ouest de la France pour rencontrer les ouvriers. Pourtant, les réunions prévues n’ont pas le succès escompté. Certaines, à La Rochelle par exemple, sont supprimées, faute de public, ou se transforment en un simple échange autour d’une table dans un bistrot. 

La tournée de Marius Blanchard doit s’achever à Thouars le 16 septembre 1911. Depuis plusieurs décennies déjà, notre ville a vu son activité économique croître, notamment par le trafic ferroviaire. Les cheminots sont de plus en plus nombreux mais pas encore regroupés pour se faire entendre. Voilà pourquoi les responsables locaux de la « Bourse du travail » ont souhaité la venue de Marius Blanchard. Des affiches ont été placardées, des articles ont paru dans la presse locale et le bouche à oreille à fonctionné. La salle est pleine ! Les cheminots sont venus en nombre mais d’autres ouvriers de Thouars et ses environs les ont suivis. Au premier rang, un homme détonne : il s’agit de Godefroy Hautecoeur, le commissaire de police en poste à Thouars.

Bien qu’averti de cette présence hostile, Blanchard ne se laisse pas intimider. Avec sa voix de stentor, il évoque les récentes émeutes provinciales dans lesquelles des travailleurs grévistes ont été tués. Il fustige « les gendarmes assassins » et les hussards qui se sont comportés « en véritables bandits », et appelle à réveiller la conscience des jeunes appelés pour s’opposer à une éventuelle guerre contre l’Allemagne car « les guerres ne sont faites que pour les gros capitalistes ». Si le public a vibré au discours de Marius Blanchard, la réunion s’achève toutefois sans débordement. Mais le commissaire Hautecoeur a pris bonne note… 

Le lendemain de cette réunion thouarsaise, Hautecœur envoie un rapport au procureur de la République, qui le transfère lui-même au ministre de la Guerre, Adolphe Messimy. Les propos tenus à Thouars apparaissent comme provo­cants et illégaux et une plainte est déposée contre Marius Blanchard. Un juge d’instruction de Bressuire est mandaté pour enquêter et recueillir les témoignages des ouvriers présents à la réunion.

En mars 1812, le procès de Marius Blanchard s’ouvre à Niort. La faconde de l’accusé attire la presse et les curieux. Face à ses juges, Blanchard réitère les propos tenus à Thouars. Il écope de 3 mois d’emprisonnement.

sources : « La vie autrefois en Poitou-Charentes »

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