Société d'Histoire, d'Archéologie et des Arts du Pays Thouarsais

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07 avril 1680

Un musicien thouarsais au coeur de l'Affaire des poisons

A la cour du Roi Soleil, outre Lully, deux musiciens faisaient sensation, François Pignon Descôteaux et Philibert Rebillé. Tous deux étaient thouarsais !

Pignon Descôteaux est, certes, resté le plus célèbre, ayant inspiré à La Bruyère l’un des personnages de ses « Caractères ». Mais intéressons-nous à Philibert Rebillé dont la vie est particulièrement romanesque.

C’est donc dans la cité des ducs de la Trémoïlle qu’il voit le jour le 10 avril 1639, baptisé en l’église Saint Médard, avec pour parrain, le prieur de l’aumônerie Saint Michel, Pierre de la Ville.

Sans doute Philibert suit-il le même parcours que son ami d’enfance François Pignon Descôteaux puisqu’on les retrouve tous deux à Versailles, avec les charges de musiciens du Roi, en tant que joueurs de flûtes, hautbois et musettes et intervenant régulièrement ensemble dans les grandes fêtes de l’aristocratie. Les témoignages de l’époque révèlent que Louis XIV manifestait une vraie sympathie pour les deux musiciens thouarsais.

Mais si Pignon Descôteaux semble assez réservé, il en est tout autrement de Philibert Rebillé. Décrit comme grand, beau, spirituel et éloquent, il est aussi réputé pour ses dons de chanteur et d’imitateur. Aussi n’est-il pas rare qu’après avoir séduit ses hôtes par ses talents de musicien, on le convie à finir la soirée pour amuser la galerie ! Les chroniques de l’époque prétendent aussi que « les femmes de la ville et de la cour se l’arrachaient » car la nature avait particulièrement bien pourvu le jeune homme. Nous sommes alors en 1665, Philibert Rebillé a 25 ans et la vie lui sourit !

Entre en scène Jean Brunet, un riche négociant de l’île de la Cité, mélomane éperdu, ayant à cœur d’étaler ses richesses lors de fêtes somptueuses pour lesquelles il sollicite des interventions musicales du séduisant Philibert.  Jean Brunet n’est sans doute pas insensible aux atouts musicaux… et physiques de Rebillé dont il s’entiche au point de l’installer chez lui.

Mais l’épouse de Jean Brunet, Catherine, a, elle aussi, des vues sur le jeune homme et pendant plusieurs années, les deux amants vont s’aimer sans que l’on sache réellement quel fut le jeu de Jean Brunet dans ce trio infernal.

Alors que la carrière de Rebillé continue à prendre de l’ampleur avec les musiciens du Roi, Brunet a peur de perdre son protégé et lui propose de le marier à sa fille, au grand dam de son épouse qui, peut-être prise de remords, ne s’imagine pas être la maîtresse de son gendre !

Mais le destin est arrangeant, surtout quand on l’aide un peu. A la veille du mariage, Jean Brunet meurt inopinément. Peu de temps après, les fiançailles sont rompues, le jeune fille Brunet est envoyée au couvent et sa mère, Catherine, peut ainsi garder son amant pour elle seule et profiter de la fortune de son défunt mari… On officialise les choses et le couple se marie en 1674 avec consentement de Louis XIV à qui Philibert présente son épouse au château de Saint Germain en Laye.

Mais bientôt, rien ne va plus. A la cour, un scandale alimente toutes les conversations, l’Affaire des poisons a éclaté. Plusieurs membres de l’aristocratie sont impliqués, soupçonnés d’avoir fait empoisonner des proches, par l’intermédiaire notamment de Catherine Deshayes, dite La Voisin. On prétend même que Madame de Montespan, la favorite du Roi, aurait eu recours à ses services.

Le 2 mars 1679, Catherine Brunet, l’épouse de Philibert Rebillé, est arrêtée à son domicile. Marie Bosse, une intime de La Voisin l’a dénoncée comme ayant empoisonné son mari. Après enquête, il s’avère que Catherine Brunet a tué son mari « à petit feu » en lui faisant porter des linges préalablement empoisonnés par La Voisin avant de lui faire avaler une mixture de sa composition la veille des noces prévues entre Rebillé et leur fille.

Emprisonnée à Vincennes, Catherine Brunet voit arriver son mari quelques jours plus tard, lui-même étant soupçonné de complicité. Le sort de Catherine Brunet est rapidement tranché. Elle est pendue puis brûlée le 10 juin 1679.

Philibert Rebillé, lui, parvient à se disculper. Il est acquitté le 7 avril 1680 et recouvre la liberté.

Il ne semble pas avoir eu à pâtir des suspicions passées et des mois d’enfermement auxquels il fut confronté. Son nom est à nouveau mentionné aux côtés de Pignon Descôteaux et des autres musiciens du Roi lors de diverses prestations à Versailles, chez la duchesse du Maine, chez le prince de Condé ou encore chez le duc de la Trémoïlle. Après 1703, son nom n’apparait plus, ce qui laisse à penser qu’il était alors décédé mais sans que l’on connaisse la date exacte.

Voilà en quelques mots le destin d’un gamin né à Thouars au siècle de Louis XIV, musicien de talent mêlé à l’un des plus grands scandales de son temps…

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